Salon de la Montagne

Dernières nouvelles de Jean-Michel Asselin

En 40 ans à commenter la vie montagnarde et à l’animer, Jean-Michel Asselin a des ressources inépuisables pour nous emmener avec lui sur les sommets. On croyait que ce journaliste-alpiniste voyageur et prolixe nous avait tout dit, du temps où il fut rédacteur en chef de tout ce que la presse spécialisée comptait de titres, ou chaque dimanche dans son émission Passion montagne sur France Bleu. Eh bien non, Asselin avait encore des pépites en réserve et pour les publier, il a trouvé une maison parisienne bien nommée, les éditions du Trésor. Certes, l’auteur recycle nombre de ces chroniques, ce qui n’échappera pas à ses lecteurs assidus, mais il en est de nouvelles dont ses aventures en Palestine sur le sentier d’Abraham ou sa conversion au trail. Ces 50 textes courts, vifs sont issus d’une expérience bien remplie, éclairée par ce regard si caractéristique, les yeux grand ouverts et une sensibilité à fleur de peau, tel l’enfant mature de Samivel. Il a bivouaqué dans une crevasse et sauvé trois touristes perdus dans la nuit au sommet du mont Blanc, partageant des premières avec le grand alpiniste Gabarrou, suivi les traces d’un chamois pour se sauver d’un mauvais pas et parlementé avec des bouquetins à l’Eiger. Son vécu de la très haute altitude se révèle plein d’humour et d’humanité, loin des poncifs entre tragédie et héroïsme boursouflé. Dans un clin d’œil à l’aventure de Nadir Dendoune, qui a atteint les 8848m sans expérience, l’auteur se compare «au tocard de l’Everest» et le reconnaît : «Je fais aussi partie de cette famille de tocards réussissant en plus à rater l’Everest à 50m de dénivelé du sommet ». Cinq fois, il a échoué dans sa quête, ce qui lui coûta, douleurs, séances de psy « et gros soucis de comptes en banques ». Mais à défaut d’orgueil gonflé, il est redescendu la tête pleine de souvenirs. La plume s’emballe de ces anecdotes sur la vanité d’untel qui a échoué à cause de ses chaussettes, l’embarras d’un autre redescendu le corps souillé de ses excréments dans sa combinaison ou de ces morts que le glacier fait voyager dans le temps. Que mange-t-on sur le toit du monde ? Le yéti existe-t-il vraiment ? Et Dieu, le sexe dans tout ça ? Le chroniqueur d’altitude nous dit juste qu’on ne vit pas au sommet.