Les Alpes ne sont pas seulement un terrain de jeu pour les amateurs de glisse et de randonnée. Elles représentent aussi un important gisement de ressources naturelles que la filière du bâtiment commence à exploiter pleinement. Face aux défis climatiques et aux nouvelles réglementations RE2020, les professionnels de la montagne reviennent vers les matériaux biosourcés locaux, et notamment le bois, pour repenser la construction d’altitude.
Pourquoi les matériaux biosourcés s’imposent en montagne
La montagne a toujours construit avec ce qu’elle avait sous la main. Les chalets en épicéa, les granges en mélèze… des matériaux le plus souvent d’origine locale. Avec l’industrialisation, ces savoir-faire ont failli disparaître au profit de produits comme l’acier, le béton et les isolants synthétiques.
Aujourd’hui, le retour des matériaux biosourcés est stratégique. Les bâtiments de montagne sont soumis à des contraintes extrêmes. Avec des hivers froids et des variations hygrométriques fortes, ces matériaux biosourcés utilisés par nos ancêtres se révèlent être aussi des réponses efficaces. À cela s’ajoute un enjeu de taille : réduire l’empreinte carbone du secteur de la construction. En France, le secteur du bâtiment représente 25% des émissions de gaz à effet de serre (source BBCA – Association pour le Développement du Bâtiment Bas Carbone) et jusqu’à 43% de la consommation énergétique (source Ministère de la Transition Écologique / CITEPA).
Le bois de montagne : pilier d’une filière à réinventer
Le bois fait partie des matériaux biosourcés de référence en altitude. Les forêts de montagne couvrent des millions d’hectares en France et représentent un potentiel de production considérable. Pourtant, la filière peine encore à s’organiser à l’échelle locale. Les scieries et les unités de production de panneaux en bois massif contrecollé se concentrent souvent loin des zones de construction en altitude.

©nicola-pavan
Des initiatives émergent, notamment dans les Alpes, le Jura et les Pyrénées. Des coopératives forestières s’organisent pour proposer des produits biosourcés transformés sur place, réduisant les émissions liées au transport et soutenant l’économie locale. Une démarche de proximité au cœur d’un modèle que défendent les constructeurs de chalets en bois.
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Chanvre, paille, fibres végétales, en complément du bois
Les matériaux biosourcés comme le chanvre, la paille et les fibres végétales font leur entrée sur les chantiers d’altitude. Le chanvre, cultivé en France depuis des siècles, présente des propriétés remarquables pour isoler un bâtiment. Il régule naturellement l’humidité intérieure, pour lutter contre les ponts thermiques et la condensation propres aux bâtiments de montagne.
La paille, compressée en bottes ou en panneaux, fait partie des produits biosourcés offrant des propriétés isolantes exceptionnelles et un bilan carbone très favorable. Plusieurs projets pilotes alpins testent des techniques associant bâtiment à ossature bois et isolation paille, avec des résultats encourageants. Quant aux fibres de lin ou à la ouate de cellulose, ces matériaux s’intègrent de plus en plus dans les systèmes d’isolation des bâtiments neufs comme en rénovation, garantissant une faible énergie grise et un stockage durable du carbone.
Des réalisations emblématiques
Les projets utilisant des matériaux biosourcés se multiplient, en France comme à l’étranger, et confirment que la filière bois-montagne a franchi le cap de l’expérimentation.
Le Corbier, Savoie (France)
En 2022, la résidence MMV L’Étoile des Sybelles est inaugurée comme premier bâtiment de construction 100 % modulaire bois en station de ski. Construite à 1 550 m d’altitude, cette résidence de 10 000 m² sur 8 étages affiche une réduction de 30 % des émissions de CO₂ et de 30 à 40 % des déchets de chantier par rapport à une construction classique. Un signal fort valorisant les matériaux biosourcés auprès de toute la filière en France.
Le Schilthorn, Alpes bernoises (Suisse)
À près de 3 000 m d’altitude, les infrastructures d’accueil de ce site mythique ont été reconstruites en bois local. Le bâtiment, alliant performance structurelle et intégration paysagère, illustre la capacité du bois biosourcé à répondre aux contraintes les plus exigeantes de la construction en haute montagne.
Le Vorarlberg (Autriche)
Depuis les années 1980, ce Land alpin à la frontière suisse s’est imposé comme la référence internationale de l’architecture bois durable en montagne. En exploitant ses ressources forestières locales, il a bâti une filière complète pour encourager l’utilisation de matériaux biosourcés, alliant scieries, architectes et entreprises de construction. Tous les bâtiments publics neufs doivent ici répondre au standard « maison passive » depuis 2007. Des milliers de professionnels s’en inspirent encore aujourd’hui.
La Mjøstårnet (Norvège)
À Brumunddal, une tour de 85 mètres et 18 étages, achevée en 2019, comprend appartements, bureaux et hôtel. Elle démontre que le bois biosourcé peut remplacer le béton et l’acier dans des bâtiments mixtes de grande hauteur, en circuit court et avec un bilan carbone fortement amélioré.
La recherche et le développement, moteurs de la filière
Ces réalisations avec des matériaux biosourcés n’auraient pas été possibles sans un effort continu de recherche et de développement. En France, des organismes comme le FCBA travaillent avec les acteurs de la construction montagnarde pour caractériser les propriétés des produits locaux, tester le comportement des fibres végétales en ambiance froide, et faire évoluer les référentiels techniques. La filière bois-montagne gagne ainsi en crédibilité, et les assureurs s’ouvrent à ces matériaux, soutenus par les collectivités. Les produits biosourcés locaux deviennent un argument de différenciation à part entière.
C’est dans ce contexte dynamique que le salon Mountain Planet s’inscrit. Il réunit également les professionnels de la construction en montagne (architectes, constructeurs, élus, exploitants) autour des enjeux du bâtiment durable de demain. Avec des ressources forestières bien gérées, des filières structurées, et des produits innovants issus de la recherche, la montagne a tous les atouts pour devenir un laboratoire grandeur nature de la construction bas carbone.
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